Journée internationale des femmes et des filles de science

Journée internationale des femmes et des filles de science : découvrez les portraits inspirants d’expertes du Réseau NACRe

Chaque 11 février, la Journée internationale des femmes et des filles de science célèbre le rôle fondamental des femmes dans les domaines scientifiques. À cette occasion, le Réseau NACRe a souhaité mettre en lumière des parcours de trois femmes engagées au sein du réseau, dont les expertises, variées et complémentaires, contribuent aux avancées dans les champs de la prévention et la prise en charge nutritionnelle du cancer. À travers cet article, elles prennent la parole pour partager leurs expériences, leurs engagements et leurs sources d’inspiration. Découvrez les témoignages des Docteures Paméla Funk Debleds, Mathilde His et de Margaux Lalaurie.

La Dre Paméla Funk Debleds (NACRe 31) est médecin gastroentérologue, spécialiste en oncologie médicale, en nutrition clinique et métabolique, exerçant au Centre Léon Bérard où elle est présidente du CLAN (Comité de Liaison en Alimentation et Nutrition) et responsable de l’Unité Transversale de Nutrition. La Dre Mathilde His (NACRe 31), lauréate des 16e Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science, est épidémiologiste et travaille au Département Prévention Cancer Environnement du Centre Léon Bérard. Enfin, Margaux Lalaurie (NACRe 75) est doctorante en toxicologie alimentaire et physiopathologie au laboratoire Toxalim (INRAE) à Toulouse. Elle a d’ailleurs remporté le prix de la « Meilleure Présentation Jeunes chercheuses, jeunes chercheurs » lors de la Journée NACRe Partenariat 2025.

S’engager dans la recherche entre nutrition, santé et cancer

Les parcours de Paméla, Mathilde et Margaux témoignent de la diversité et de la richesse des profils féminins dans le monde scientifique, et plus particulièrement dans le champ de la nutrition et du cancer. Si leurs chemins et leurs motivations diffèrent, toutes partagent une curiosité scientifique profonde, présente très tôt et qui a durablement orienté leurs choix et leurs engagements.

Margaux en témoigne : « J’ai toujours été passionnée par la biologie et par la compréhension du fonctionnement du corps humain. […] Mes enseignements m’ont donné envie de m’investir dans la recherche, en particulier dans le domaine de la nutrition et de la santé. » Un point de vue très proche de celui de Mathilde qui a toujours été curieuse au sujet de la santé, des maladies et des liens avec l’environnement. « J’ai hésité à me lancer en médecine avant d’opter pour les sciences du vivant. C’est à travers […] l’épidémiologie nutritionnelle que j’ai relié cette curiosité à la santé humaine, notamment en découvrant les liens entre nutrition, facteur modifiable, et cancer, d’autant plus que j’y ai été confrontée dans mon entourage proche. »

Pour Paméla, c’est avant tout l’intérêt pour les autres qui l’a poussée sur une voie clinico-scientifique : « Dès le début de mes études de médecine, j’ai réalisé que l’activité clinique et la prise en charge des patients me plaisaient. J’ai donc choisi […] la gastro-entérologie, avant de me spécialiser, au fil des rencontres et des opportunités, dans la prise en charge de patients atteints de cancer ne pouvant plus s’alimenter. »

Les rencontres, les formations et la découverte de la recherche ont joué un rôle déterminant dans le parcours de nos expertes, donnant naissance à des travaux qui illustrent pleinement leur engagement scientifique.

Qu’importe la diversité de leurs parcours, toutes les trois s’intéressent aux liens entre alimentation et cancer. Cela s’illustre au travers de l’épidémiologie pour Mathilde qui étudie les liens entre nutrition et cancer du sein : « J’associe l’épidémiologie à l’analyse de marqueurs sanguins, notamment par des approches de métabolomique*, afin de mieux comprendre les mécanismes biologiques en jeu. Mes travaux se concentrent sur le rôle de l’obésité et des facteurs métaboliques et inflammatoires dans le cancer du sein, dans l’objectif de mieux identifier les patientes à risque de récidive et d’adapter leur prise en charge. »

Paméla, elle, participe à plusieurs projets de recherche clinique, s’intéressant principalement au profil métabolique, aux besoins énergétiques des patients et à la dénutrition. « Je mène une étude nationale suivant des patients atteints de cancer ayant réalisé un test respiratoire pour mesurer leur métabolisme de repos. L’objectif est de mieux comprendre leurs besoins énergétiques sur le long terme, car ceux-ci varient fortement selon le type de cancer, les traitements ou la composition corporelle, des différences encore peu prises en compte dans les recommandations actuelles. »

Margaux explore, à travers une approche expérimentale, l’effet combiné de composés véhiculés par l’alimentation sur les dommages de l’ADN et la cancérogénèse, en laboratoire. En particulier, elle étudie « comment la mycotoxine déoxynivalénol et le fer héminique présent dans les viandes rouges et charcuteries peuvent agir ensemble sur le risque de cancer colorectal. Si l’effet de chacun de ces composés est connu, leur interaction reste peu étudiée. »

Avec des approches épidémiologiques, cliniques ou expérimentales, les travaux des trois scientifiques convergent toutes vers l’objectif commun de mieux comprendre les interactions entre nutrition et cancer pour améliorer la prévention primaire et la prise en charge des patients.

Exercer aujourd’hui en tant que femme dans le milieu académique

Dre Paméla Funk Debleds -  11 février.png

En 2022, en France, les femmes représentaient environ 34% de l’ensemble des personnels de recherche et 30% des scientifiques, selon le Ministère Chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, avec de très grandes disparités en fonction des disciplines. La place des femmes dans la recherche sur la nutrition et le cancer, a bien évolué ces dernières décennies, comme en témoigne Paméla : « Je pense qu’il y a de l’espace pour les femmes qui souhaitent travailler dans la nutrition et le cancer, de la recherche fondamentale à la recherche clinique. C’est une problématique dont l’ensemble de la population comprend l’intérêt. » Margaux partage cette vision : « Travailler aujourd’hui dans la recherche offre de belles opportunités aux femmes : les carrières scientifiques se féminisent progressivement, les initiatives pour l’égalité et la visibilité des chercheuses se multiplient, et nos parcours sont de plus en plus valorisés. »

Dre Mathilde His - 11 février.png

Cependant, les femmes continuent de faire face à des défis liés aux stéréotypes persistants, à une moindre visibilité et à une charge mentale plus élevée. Margaux rappelle ainsi l’importance de se mobiliser : « Il est essentiel de donner la parole aux chercheuses, de soutenir des associations comme « Femmes & Sciences » et de valoriser nos expériences pour encourager les jeunes femmes à oser s’engager dans les voies scientifiques. » Mathilde, elle, rappelle qu’il est important de maintenir la représentation des femmes dans le domaine de la nutrition à tous les stades de carrière, en particulier dans les phases où concilier projets personnels et responsabilités peut s’avérer complexe, notamment par l’accompagnement : « Chacune et chacun peut jouer un rôle important vis-à-vis des plus juniors, en créant des environnements de travail bienveillants, en promouvant des modèles féminins visibles à différents stades de carrières, ou en tant que mentor/mentore. ». Elle conseille de ne pas hésiter à identifier les éventuelles peurs et d’en parler autour de soi : « C’est souvent en discutant qu’on se rend compte que d’autres sont déjà passées par là et qu’on n’est pas seule. »

Margaux Lalaurie - 11 février.png

La Journée internationale des femmes et des filles de science rappelle à toutes celles qui envisagent une carrière scientifique de se lancer sans hésiter et de ne pas se laisser freiner par les idées reçues. Margaux le rappelle bien : « Une carrière scientifique, c’est de la passion, de la rigueur, de la persévérance : ces qualités n’ont rien à voir avec le genre. Il peut y avoir des obstacles mais chaque étape franchie apporte une immense satisfaction. Si la science vous attire, lancez-vous. N’oublions pas : nous sommes toutes capables ! »

Une vision que Paméla défend également et à laquelle elle apporte son témoignage personnel : « Le plus important, c’est de déterminer ce que vous souhaitez faire et d’identifier ce qui vous passionne. Réfléchissez à ce qui vous rendrait fière dans votre travail. Tout n’est pas tracé dès le début, les portes s’ouvrent au fur et à mesure. Dans mon cas, je suis heureuse de pouvoir exercer une activité mixte alliant clinique et recherche, alors que je n’avais jamais envisagé travailler un jour dans ce domaine. »

Appartenir à un réseau pour se construire soi-même et auprès des autres

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Une idée qui s’applique particulièrement à la recherche, comme l’indique Margaux, en parlant du Réseau NACRe dont elle fait partie : « Le réseau favorise le dialogue et la collaboration entre scientifiques de disciplines différentes mais complémentaires : nutrition, toxicologie, épidémiologie, ou encore clinique. […] C’est cette complémentarité qui fait la force du réseau » ; une idée partagée par Paméla qui souligne le rôle du Réseau NACRe dans le partage entre scientifiques passionnés dans une ambiance sympathique et bienveillante, et aussi par Mathilde, qui dit avoir connu le réseau en étant doctorante et y avoir effectué l’une de ses premières présentations.

 

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Glossaire :

Métabolomique* : La métabolomique est une discipline scientifique qui étudie systématiquement les métabolites, c’est-à-dire les petites molécules (comme les sucres, acides aminés, acides gras, etc.) présentes dans une cellule, un tissu, un organe ou un organisme, afin de décrire l’état physiologique, métabolique ou pathologique de ce système biologique. Elle vise à identifier, quantifier et analyser ces métabolites pour comprendre les processus chimiques et biologiques qui se déroulent dans les systèmes vivants.